les progrès de l’IA semblent sonner le glas d’un certain nombre de professions, d’autres vont apparaître pour la programmer, l’éduquer et la gérer.

En l’espace de quelques mois, le marché s’est emparé du concept d’intelligence artificielle, bousculé par les démonstrations d’Amazon et Google et interrogatif quant aux immanquables changements de modèles à venir. Une étude d’Accenture projette, en France, un grain de productivité supplémentaire de 20 % grâce à l’intelligence artificielle à l’horizon 2035. Une autre étude de Venture Scanner estime à un total de 27,4 milliards de dollars le montant des investissements mondiaux à la fin de l’année 2017 en direction de plus de 2000 entreprises l’intelligence artificielle.

Une destruction créatrice… de métiers

Nous faisons face à une révolution industrielle aussi décisive que celles expérimentées à l’émergence de la vapeur, du moteur à explosion, de l’électricité ou des puces électroniques. C’est toute la place de l’homme vis-à-vis de la machine et du vivant qu’il convient de réinventer. C’est également le moment de s’interroger sur le mouvement schumpétérien de destruction créatrice qui nous guidera à l’avenirDe nouveaux métiers vont se créer pour programmer, éduquer et gérer l’intelligence artificielle, et ce à mesure que d’autres, essentiellement sur des actions à faible valeur ajoutée, vont disparaitre. 

Ces nouveaux métiers, dont on commence, sur des projets bien réels, à devoir définir les contours, seront multiples, à l’image des emplois créés dans le mobile – depuis le développeur Android jusqu’au « revenue manager » d’une plateforme publicitaire. Concentrons-nous ici sur trois fonctionsessentielles :

1. Le psydesigner

L’intelligence artificielle, par sa nature et sa fonction, appelle de nouvelles compétences. La psychologie trouve précisément son sujet d’étude dans ce qu’un individu ou un groupe comprend d’intelligence (l’apprentissage, la mémoire, la perception, le comportement…). C’est donc sans doute sur ce socle de compétences que se construiront les personnalités des nouvelles incarnations de l’intelligence artificielle.

Aujourd’hui, Alexa (Amazon), Cortana (Microsoft) et Siri (Apple) ont une forme de personnalité construite et perçue à travers le service rendu, un certain champ lexical et un « form factor » (ou facteur de forme, un aspect du design qui définit et prescrit la taille, la forme et d’autres spécifications physiques des composants, en particulier dans l’électronique, NDLR). Ces intelligences seront amenées à se complexifier et à se segmenter, tout comme les applications mobiles se sont enrichies et fluidifiées pour délivrer, non plus un service, mais une expérience. En outre, ces assistants personnels partageront notre quotidien, voire notre intimité. Il est donc essentiel qu’ils incarnent des valeurs et des traits de personnalités compatibles avec les nôtres, jusqu’à devenir uniques.

Le psychologue deviendra le « psydesigner », comme l’ergonome est devenu « user experience designer » et « user interface designer ». A la fois artisan et technicien, il construira une charpente d’incarnation de l’intelligence artificielle, comme un « nez » construit un parfum.

2. L’egoteller

L’expérience induite par ces nouvelles interfaces se matérialisera par le biais d’une incarnation dont le comportement, le champ lexical, la prosodie et la relation créée provoquera des émotions. Comme dans la « vraie » vie, nous aurons plus d’atomes crochus avec certaines personnalités qu‘avec d’autres, en fonction de ce qu’elles dégageront, de ce que nous comprendrons d’elles. L’egoteller sera le scénariste des personnalités façonnées par le psychologue. Il y ajoutera unetouche artistique, modèlera l’entité technique construite par le psydesigner, définissant des traits de personnalité en plein et en creux, dans une instantanéité ou sur la durée en fonction des objectifs des marques, comme un metteur en scène donne vie à un scénario.

Il s’agit donc d’une démarche en binôme avec le psychologue comme, aujourd’hui, un jeu mobile est construit par un « producteur » (garant d’un délivrable technique) et un « monetization manager » (garant d’une maximisation des revenus).

3. L’éthicien

L’intelligence artificielle, devenue auto-apprenante, c’est-à-dire libérée d’un « cordon ombilical » numérique, cristallise un certain nombre de fantasmes, de peurs et d’espoirs. En tout état de cause, elle soulève un certain nombre de questions fondamentales tant c’est finalement la place de l’homme qu’il convient de recomprendre et de repenser.

Les grands éditeurs de logiciels construisent déjà leurs plateformes en fonction de ce que leur compréhension de l’éthique commande (lire aussi l’article : « Lutter contre la discrimination sur les plateformes »)Cette notion d’éthique est plurifactorielle (financière, culturelle ou politique) et à géométrie variable. Le département des éthiciens, nouvellement créé et parfois très étroitement associé à l’exécutif, définira, sinon les lois, du moins les règles algorithmiques qui soutiendront les « totems » et les « tabous » de son intelligence artificielle.

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