La technologie blockchain est un puissant levier de développement de l’open innovation.

La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente et sécurisée, fonctionnant sans organe central de contrôle. Par extension, une blockchain (ou chaîne de blocs, NDLR) est une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne .

Si ses premières applications étaient limitées au domaine des fintechs, la blockchain trouve aujourd’hui de nouveaux usages dans de multiples secteurs : énergie, santé, logistique, propriété intellectuelle, etc. S’agissant de capital immatériel, il est un domaine qui semble particulièrement prometteur pour la blockchain, c’est celui de la cocréation et de l’open innovation.

Les limites de la cocréation

Ce domaine connaît en effet des freins qui en limitent actuellement l’efficacité :
– Une certaine réticence à utiliser les outils d’open innovation due au manque de confiance que peuvent ressentir les contributeurs vis-à-vis des plateformes actuelles de cocréation et d’open innovation, notamment en ce qui concerne leurs données personnelles.
– La difficulté à opérer une traçabilité des contributions : ne pas pouvoir affecter une paternité à celles-ci crée inévitablement une frustration, voire une démotivation des participants. Sans compter que si les participants créent de la valeur, il serait équitable qu’ils reçoivent une juste rétribution à hauteur de leurs apports.

Les promesses de la blockchain

Il semble donc nécessaire d’objectiver et d’enregistrer les contributions individuelles à l’ouvrage collectif. Les fonctionnalités au cœur de la technologie blockchain devraient apporter des solutions :
-En supprimant les intermédiaires et les tiers de confiance, une blockchain publique fait de tout individu un point nodal dans l’écosystème socio-économique concerné. Dans ce réseau de pair à pair, chacun peut librement s’exprimer et agir, et tous les contributeurs sont identifiés de façon certaine.
-En traçant les contributions de chacun, la blockchain permet de « rendre à César ce qui est à César ». Cette reconnaissance des mérites individuels est un levier important pour stimuler la participation et l’engagement.
-La transparence de la blockchain favorise les relations de confiance et lève les obstacles et les réticences à l’engagement des membres du réseau. Ce sentiment d’appartenance à une communauté démocratique stimule l’implication des individus, les interactions, les échanges et la volonté d’agir ensemble.

La blockchain compte un certain nombre de mécanismes et d’outils qui devraient s’avérer particulièrement pertinents dans des démarches de cocréation :

La notarisation. La traçabilité découle des propriétés mêmes de la blockchain, réputée immuable et incorruptible. En effet, une fois qu’une information est enregistrée dans la base de données, par consensus, elle y est inscrite de façon indélébile. Ce qui revêt une importance cruciale lorsque l’on traite d’identités, par exemple : contrats, diplômes, idées et faits peuvent être enregistrés de manière permanente. Aussi le MIT a-t-il commencé à émettre les diplômes qu’il délivre sur la blockchain grâce à un outil publié en open-source. Parallèlement, la start-up française BCDiploma propose d’authentifier les diplômes en les stockant directement sur la blockchain. Ce dispositif de notarisation électronique permet ainsi d’avoir accès à l’historique et à la nature de toutes les transactions. Il permet d’en connaître l’émetteur et le récepteur, ainsi que la nature des informations transmises. En transposant cet exemple au domaine de l’open innovation et de la cocréation, la blockchain peut être un puissant levier pour tracer l’origine et le parcours des idées créatives et des contributions des membres individuels d’un collectif, permettant de reconnaître – voire de rémunérer – les apports de chaque cocréateur.

Les « tokens ». Ces jetons sont des actifs numériques qui peuvent être échangés entre membres d’une blockchain, soit dans un but ludique, soit pour matérialiser la valeur des transactions qui y sont réalisées. Les tokens facilitent donc la mise en place d’un dispositif incitatif au sein d’une communauté de cocréateurs dont les apports, une fois évalués, se voient récompensés par des « tokens » dédiés. C’est la théorie du « nudge » de Richard H. Thaler, Prix Nobel d’économie 2017. En créant des conditions propices et en s’appuyant sur des théories crypto-économiques, nous pouvons espérer stimuler l’innovation : en favorisant certains types de recherche, en ouvrant un « financement inversé » où le chercheur serait rémunérer « à la découverte », en introduisant des gratifications pour les innovations provenant de multiples acteurs, etc.

L’évaluation par les pairs. Tout type de transaction peut être enregistré dans la blockchain, y compris des votes. De quoi hiérarchiser et valoriser les contributions individuelles en se basant sur leur évaluation collective (par un large public ou par les experts qui y sont habilités). Nul doute qu’un mécanisme de vote favoriserait l’émulation entre les contributeurs. Il stimulerait l’intelligence collective et l’effervescence créative. On peut imaginer que ce mécanisme puisse s’appliquer partout : sur les réseaux sociaux mais aussi dans les entreprises voire dans certaines sphères sociétales, réinventant ainsi une nouvelle forme de démocratie.

Les « smart contracts ». Ces codes sources informatiques s’auto-exécutent au moment précis où certaines conditions prédéfinies se trouvent réunies. Certains processus de cocréation peuvent ainsi être automatisés, les rendant plus fluides, plus rapides et plus fiables.

Un levier pour stimuler l’open innovation

En matière de cocréation basée sur la blockchain, il est possible d’imaginer plusieurs niveaux d’implication des individus :
-Une simple participation éditoriale sur le modèle de Wikipédia, mais avec une rémunération incitative : dans le cas de la plateforme Steem – le pendant blockchain de Reddit – chaque curateur de contenu se voit reversé une fraction des bénéfices, en fonction du niveau de partage du contenu en question. Dans le même registre, la start-up Wespr est une maison d’édition et une librairie décentralisées permettant de miser sur des écrivains qui se voient reversés des avances liées au volume d’extraits lus par les lecteurs.
– Une contribution ponctuelle à un projet : par exemple, le collectif OuiShare valorise les apports de ses membres à ses projets afin de renforcer le sentiment communautaire et d’augmenter l’implication de chacun.
– Un niveau plus ambitieux de cocréation : par exemple, la société Matryx propose un système de challenges scientifiques avec rétribution des chercheurs selon la qualité de leurs contributions.

La blockchain peut donc être un levier de cocréation à de multiples niveaux et dans de nombreux domaines. Dès lors, rien n’interdit d’envisager qu’elle initie de nouveaux systèmes et de nouveaux comportements.

Une solution aux limites actuelles de l’open innovation et de la cocréation consisterait à proposer à divers acteurs (entreprises, start-up, entrepreneurs et intrapreneurs, chercheurs, inventeurs, etc.) de pouvoir se connecter à une plateforme de confiance d’innovation collaborative. Celle-ci aurait des fonctionnalités classiques (inscription sécurisée, réseau social pour échanger, possibilité de lancer des challenges et de se regrouper pour les résoudre, matching entre offreurs et demandeurs d’innovation, etc.). Surtout, cette plateforme nouvelle génération pourrait être totalement novatrice grâce à la blockchain. Celle-ci apporterait une fonction « nudge », permettant aux divers acteurs de maîtriser leurs données personnelles, de se voir correctement attribuer leurs contributions et, ce faisant, d’être reconnus voire rétribuer de façon juste et équitable.

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